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Cette CESF, c'est qui?

Une CESF passionnée par son métier, voulant redonner la parole à un univers qu'on met souvent de côté, qu'on dégriffe et qu'on oublie : le travail social. Une CESF voulant redonner la parole à des personnes qu'on catalogue et qu'on juge, à des situations qu'on banalise, des émotions qu'on dénigre. Car au final, son travail c'est chacun croisé au coin d'une rue, dans le bus ou à la boulangerie. Le travail social, c'est un reflet de la société, c'est l'effort fait pour la vie. Pour garder l'anonymat, appellez la Louise.

13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 23:13

 

J'assiste comme chaque année aux jurys d'examens pour le DE de CESF. Des responsables interviennent, parlent des Etats Généraux en Travail Social et de la refonte de nos métiers du social... Et v'la les débats sur les différentes écoles, et certains en remettent une couche sur la différence AS/CESF, et encore du blabla sur la baisse de financements dans le social...

 

On est sacrément cons, à tourner en rond ainsi. Le travail social part en cacahouète, il se noie doucement mais surement, et plutôt que de ramer ensemble pour faire avancer le bateau, on se tape dessus avec les rames !

 

Je reçois ces candidats aux oraux de mémoire, et pendant qu'ils font leur présentation orale, une chose me revient sans cesse à l'esprit. J'ai envie de leur dire de se casser d'ici tant qu'ils le peuvent, de courir vite et longtemps et d'aller vers d'autres horizons plus certains.

 

Mais existe-il un horizon plus stable et sur ?

Je ne sais pas. 

Je ne connais pas mon avenir, je ne sais pas si dans 10 ans mon métier existera toujours, mais pour le moment, j'essai de le kiffer tant qu'il en est encore temps.

 

Après tout, jusqu'ici tout va bien... jusqu'ici tout va bien...

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 22:10

Nous l'avons aidé à quitter le domicile conjugal le temps de divorcer. Elle est seule et à faire ses propres choix pour la première fois depuis 13 ans. "Hier, c'était la première fois depuis 13 ans que je mettais un pantalon. Jusqu'à maintenant, il me l'avait toujours interdit. Mais c'est très confortable les pantalons en fait !"

Elle vient pour la première fois aujourd'hui. Lorsque je lui ouvre la porte, elle regarde à gauche, à droite, rentre et se retourne à nouveau, vérifiant les visages des passants de la rue qui tracent leur chemin. "J'espère qu'il ne m'a pas suivi. D'habitude je suis voilée, je l'ai enlevé pour pas qu'on me reconnaisse, car les gens on l'habitude de me voir avec".

Aujourd'hui je vois son visage différent. Maquillage très visible, limite de trop, comme si c'était exagéré. "Ce matin il m'a obligé à mettre beaucoup de maquillage. Il a dit que j'étais une pute, que j'étais sa pute, et que donc je devais me maquiller comme une pute, comme lui le voulait".

Deux semaines qu'elle a fui le domicile conjugal, qu'elle se cache d'hôtel en hôtel 115. Chaque coin de rue est un lieu susceptible de le croiser, la terreur est permanente. "Je me suis mis à mettre un voile pour pas qu'on me reconnaisse. Si je pouvais, je mettrais même une burqa, je voudrai que personne ne me vois, que je n'existe plus aux yeux des gens. Qu'on m'oublie, comme ça je peux refaire une nouvelle vie".

"Je ne suis pas celle que les gens voient. On me siffle dans la rue, on me drague, j'suis la petite jeune bien habillée et souriante. Mais à l'intérieur, je suis détruite. A chaque fois qu'il me violait, il enlevait une partie de moi. J'suis vide de l'intérieur. Il m'a tout pris".

Elle est restée avec lui 6 mois. Seulement. Mais 6 mois de torture extrême. "Il m'a pris une partie de ma vie, il m'a séparé de mes amis et de ma famille. Il m'a même pris ma peau, mon apparence. Il m'a pris l'image que je donne aux autres. Les cicatrices des cigarettes qu'il écrasait sur ma poitrine, des griffures sur le visage, des fourchettes qu'il enfonçait sur mes bras, des coupures de ma peau entrant en contact avec l'objet utilisé pour me frapper. Il est gravé en moi à travers cette peau, je voudrai changer de peau".

De la violence psychologique, elle l'a vécu pendant 30 ans. Trente ans d'insultes, de dénigrements, de rabaissements. Le jour où ses enfants ont quitté le domicile conjugal, elle aussi. Ses enfants avaient pris leur envol, elle pouvait elle aussi faire sa vie. Elle est partie. "Au bout de 30 ans, je découvre que je suis belle. Le coiffeur me dit que j'ai des beaux cheveux, des hommes me draguent, et je me rends compte que je rentre dans les vêtements de femmes dans les magasins. Il m'avait tellement dit que j'étais moche et m'obligeait à mettre des chiffons comme vêtements, que j'y croyais".

"Il voulait pas que les hommes me regardent. Alors il me forçait à manger beaucoup, tout le temps, j'étais toujours remplie, c'était tellement écœurant mais j'avais pas le choix. J'étais devenue très grosse, vraiment énorme".

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 20:51

Lorsque j’étais étudiante, je m’imaginais mon avenir professionnel. Je me voyais 10 ans après exerçant en accueil de jour pour personnes sans domicile fixe ou en centre d’accueil pour demandeurs d’asile. Je me voyais aussi faisant de l’Accompagnement Social Lié au Logement (ASLL) ou un suivi global dans un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS). Jamais, je ne n’avais pensé des années après travailler un jour en entreprise. Je pensais atterrir dans un service social associatif, des bureaux avec des affiches de prévention partout, faisant des visites à domicile (VAD), mais je n’avais pensé à aucun moment faire de l’accompagnement social global dans des entrepôts et des usines, vêtue de vêtements de sécurité.

 

SupraEntreprise a des antennes dans plusieurs départements, j’en couvre certains. Et parfois, il y a des besoins dans des sites plus lointains. SupraEntreprise me paye le train, taxi, l’hôtel, les repas, et moi je me ballade. J’ai l’impression de partir en vacances, le soleil rayonnant au loin titille mon envie de mettre les vêtements d’été que je n’ai pas encore sorti du placard cette année. Alors je passe quelques jours là-bas, la journée dans l’usine, à recevoir les salariés, et la soirée en location de voiture à visiter un peu le coin. J’ai l’impression d’être une femme d’affaire se déplaçant aux quartes coins du monde pour défendre des contrats, alors que je ne suis toujours qu’une Conseillère ESF qui reçoit, accompagne et soutiens des salariés en difficulté.

 

 

Au cours d’un séjour, je m'étais retrouvée au fin fond de la France, à dormir dans un hôtel de luxe dans une zone agricole proche de la zone industrielle de l’usine de l’entreprise. Le lendemain, j’avais pris mon petit déjeuner bio dans une terrasse au milieu d’un enclos de chèvres, et à 8h30, je m’étais mise à marcher dans les champs, ma valise à la main, pour rejoindre l’usine. D’un coup, je m’étais figée, droite, debout au milieu de nulle part, d’un champ et d’usines au loin, et je m’étais dit en souriant : « je vais au travail, là ». Je n’y aurai jamais cru, si on m’avait dit étudiante, que je me retrouverai à faire ça un jour…

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 21:17

Il y a des fois où on doit quand même me prendre pour une cinglée...

 

J'accompagne un salarié dans ses démarches de préparation de sa future retraite.

Je lui demande son adresse mail afin de lui envoyer un petit dossier explicatif sur la retraite. Il m'épelle : " François point dupont acrobate g mail point com".

Acrobate ?! Et oui, les @ sont des a qui font de l'acrobatie, voyez vous !

 

Peut être que finalement c'est le salarié qui est cinglé...

 

Puis nous nous connectons au site de l'assurance retraite, où ils demandent le numéro de sécurité sociale afin d'accéder à son compte personnel. Je dis au salarié sans m'en rendre compte : "Sortez votre carte de crédit, il nous faut le numéro". Sans même réagir, il sort la carte, et nous mettons son numéro de CB sur le site de l'assurance retraite... C'est le site qui s'est rendu compte de notre supercherie ! Pas nous !

 

Bon, finalement, peut-être que nous sommes tous les deux cinglés ?

Ou juste fatigués !

 

 

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 23:48

Je repense à Elle, l'une des femmes que j'accompagnais lorsque je travaillais auprès de femmes victimes de violences conjugales. Je repense à son visage, sa façon de parler, son envie de vivre et de laisser derrière elle le passé. Je repense aux groupes de paroles que j'animais où elle parlait, partageait, échangeait sur ce qu'elle avait vécu. Je repense aux entretiens individuels avec tous ces projets en construction.


Et puis je repense au jour où l'on avait reçu l'appel, "Elle est morte !". Je repense à cette impression d'être dans une vie parallèle, surréaliste. Je repense aux appels passés aux partenaires, pour vérifier l'information, tout en espérant qu'il y ait eut une confusion. Je repense aux groupes de parole où elle n'était plus là, où il fallait l'annoncer aux autres femmes. Je me revoit aussi face à l'ordinateur, en train d'écrire la lettre aux juge des enfants pour rappeler que le père était dangereux.

 

Du jour au lendemain, elle n'était plus là. Quelques jours avant encore, on parlait, on rigolait, on faisait un repas collectif qu'Elle nous avait préparé, et là d'un coup, elle ne revenait plus. Les photos du déjeuner étaient encore dans l'appareil numérique du service. Je repense à la scène du repas, au gâteau au chocolat nappé que j'avais préparé et qu'elle avait dégusté avec gourmandise. J'ai envie de lui crier de s'en aller, loin, de se protéger, de se soigner, pour éviter l'incident qui aura lieu la semaine suivante.


Encore aujourd'hui, je n'ai pas l'impression qu'elle est décédée. J'ai l'impression qu'elle est juste partie sans prévenir, qu'elle n'est plus revenue, c'est tout. J'ai du mal à imaginer son beau visage dans un cercueil. J'ai du mal à imaginer les enfants au commissariat, l'OPP et tout ce qu'il s'en suit. J'ai du mal à penser à ses enfants encore petits, sans maman à leur côté pour toujours.

 

Ça commence à dater maintenant, mais ça me colle à la peau, ce suivi. Il y a quelque chose qui reste, et qui je crois restera à jamais dans mes souvenirs de professionnelle.

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 20:33

 

 

 

C'est le week-end et il fait chaud. On est parti loin, au soleil, le sable et la mer. On pense à se balader, respirer l'air iodé, faire du vélo, manger des glaces, tremper les doigts de pieds dans l'eau glacée, roucouler, discuter, visiter un monument, et parfois, mettre de la crème solaire (parfois non, je vous l'avoue, mes épaules et mon nez en témoignent). Rien n'existe autour, on en oubliera presque la vie réelle, le retour au boulot lundi, la pile de linge et de vaisselle qui nous attend à la maison.

C'est trop beau pour être vrai.

Nous allons à l'office de tourisme, elle sort un plan de la ville, nous montre les sites touristiques sur le plan, puis la légende. Pendant qu'elle blablate sur le musée du coin, mes yeux tombent sur diverses légendes représentant des établissements de la ville. Ehpad. Ime. Ccas. Esat. Des acronymes que personne remarque, moi si. 

Trop tard, en moins de 3 secondes chrono, elle a réussi à me faire atterrir sur terre et me rappeler que lundi je dois à tout prix téléphoner à l'ESAT du coin vu que je suis en train de mettre en place des interventions de salariés handicapés dans l'entreprise...

 

Gloup.

 

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 11:02

Elle vennait à l'accueil de jour pour femmes victimes de violences conjugales depuis des mois. On parlait beaucoup, et on l'aidait à préparer son départ du domicile. Elle n'avait plus d'emploi plus depuis quelques années, lorsqu'il lui avait interdit et empéché de travailler, qu'il l'avait séquestré un temps au point que son employeur fasse un licenciement pour abandon de poste. Et un jour elle se décida. Il était parti pour la journé, elle avait fait deux valises, fait des photocopies des papiers administratids important, et avait réussi économiser depuis des mois quelques centaines d'euros, gardant euro par euro du peu d'argent qu'il donnait pour les courses. Donc elle pris les deux enfants, et elle parti. Elle enmena les enfants dans un autre département, chez de la famille, prétendant qu'elle les enmenait labas pour les vacances. Je ne sais par quel miracle, l'assistante sociale de son service sociale qui la connaisait bien, réussi à débloquer des fonds suffisants pour trois places d'hôtel pour 6 mois renouvelables, quelques villes plus loin du lieu de domicile où Monsieur remuait ciel et terre pour la retrouver. Les enfants purent revenir, ca tombait bien, c'était la rentrée. Madame s'habituait progressivement au rythme de l'hôtel et de toutes les démarches de plaintes et de divorce que l'on faisait avec elle. Monsieur, via l'école, la retrouva, et ce fut plusieurs mois d'hacèlements et violences physique dans la rue "pour la trainer jusqu'à la maison, là où une femme doit être". On réussit à changer les enfants d'école, l'hôtel de zone géographique, on réussi même à inscrire Mme au Pôle Emploi et qu'elle bénéficie de l'Allocation de Retour à l'Emploi dont elle avait droit depuis des années.

 

Voilà un an et demi qu'elle était à l'hôtel avec les deux petits, que chaque mois, l'assistante sociale lui disait "je sais pas si je vais réussir encore à argumenter le financement de l'hôtel". mais à chaque fois, ça marchait. Elle était top, cette AS. La décision de l'Ordonnance de Non Conciliation (première étape du divorce pour faute que Madame avait engagé) était tombée. Elle était enfin séparée officiellement de lui, nous pouvions entamer des démarches de recherche de logement.

 

 

Et là, vous immaginez bien la bataille.

Elle ne pouvait faire la demande plus tôt, car aucun bailleur social n'aurait accepté un dossier sans qu'une décision de divorce soit prononcé. En effet, si encore mariée,  si elle aurait signé un bail de location, le Monsieur aurait été tout autant en droit de s'incruster dans le logement, sans qu'aucune force de l'ordre ou de justice ne puisse intervenir. Risqué, avec un homme qui la harcelait sans cesse. 

Elle avait des ressources suffisantes pour vivre simplement avec deux enfants, mais bien trop faibles pour trouver un logement dans le privé. Donc enfin l'ONC passée, elle était libre de demander un logement social, ce que nous l'avons aidé à faire. Mais pour combien d'années d'attente ? Et pendant cette attente, combien de temps à l'hôtel ? Le financement du Conseil Général de la chambre d'hôtel allait s'essoufler d'un mois à l'autre, ce n'était qu'une question de temps. Et en même temps ça durait. Voilà deux ans déjà.

 

 

Et c'est là que je trouve l'action sociale totalement contradictoire. Le CG financait 2000€ la chambe d'hôtel pour Madame et ses deux enfants depuis deux ans. 48 000€ au total.

Ils lui demandaient de contribuer une partie. Au départ, c'était 100€, ça avait augmenté, et venait récemment de passer à 550€ par mois, au bout de 2 ans. Ainsi, sur 1300€ d'ARE + allocations familiales, Madame payait ce qui pouvait s'apparenter à un budget loyer d'un logement social, pour une chambre d'hôtel minable et pleine de cafards. Et le CG lui continuait à dépenser casiment 1500€ en hôtel chaque mois.

 

 

Vous aussi, vous trouvez ca totalement absurde ?

Un petit F3 n'importe où, aurait suffit à Madame, elle était pas compliqué, elle voulait juste recommencer sa vie. Elle avait fait des études, elle avait de l'expérience, avec une bonne dose de stabilité, elle aurait pu retourner dans la vie active !

Mais non, le CG financait des sommes astronomiques en chambre d'hôtel, pour pallier à la pénurie de logements sociaux, et à l'état qui promettait de construire de nouveaux bâtiments, sans résultat.

48 000€ les deux ans en chambre d'hôtel dépensés par le CG, peut être légèrement moins, avec les contributions de Madame. Combient aurait coûté à l'état, d'avoir plus de logement sociaux et de la reloger ? Très peux.

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 18:30

"Madame Louise, au fait on pourra pas se voir au RDV pendant ma pause, car je vais manger un kebab"

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 21:29

Il me surprend, cet homme. Grand et costaud. C'est un réel plaisir de le croiser chaque lundi. Il a toujours ce sourire qui illumine, ce petit ricanement comme un enfant qui est sur le point de faire une farce. Et souvent il fait une grimace ou sinon se cache derrière une palette où sont entassés les produits, pour surgir de nulle part et me taquiner. J'aime sa joie de vivre, son entrain, sa bonne humeur chaque jour, malgré ce travail à l'usine si éreintant.

CESF du personnel, je l'accompagne depuis des mois, ce fut l'un des premiers à me solliciter. Il est réfugié politique, et souhaitait que je l'aide à constituer un dossier de rapprochement familial. Il n'avait pas besoin de m'en dire plus, mon expérience en CADA me suffisait à savoir.

Alors on a commencé à le constituer, ce dossier de rapprochement familial. Pas si compliqué que ça, dans la théorie : juste pouvoir prouver son statut de réfugié politique déterminant qu'il a le droit, sans conditions aucunes, à vivre avec sa famille en France. Au fil des échanges, je découvre un mari et un père rempli d'amour pour sa femme et ses enfants. A chaque fois, il prononçait leur nom avec fierté. 

Je fini par devoir faire les photocopies de la décision de l'OFPRA. Je parcours leur motivation de décision. Je m'attendais bien à cela, connaissant la situation politique qui avait eu lieu dans ce pays. Mais le lire sur papier, que l'OFPRA reconnaissait les persécutions, tortures et autres sévices intentés sur cet homme par de l'armée du pays, me glaçait le sang.

Il n'était plus l'homme jovial et farceur de mes rencontres des lundis dans cette usine, mais me ramenait bien à la réalité de ce qu'il se passe dans le monde, sous nos yeux.

On a continué ce dossier de rapprochement familial. Et maintenant, on attend. 

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 19:20

 

 

 

 

 

 

 

Journée des droits la femme, mise en avant le temps de quelques heures par les médias. Oui, un jour par an pour rappeler que la femme Est. Que la femme a des droits, qu’elle Est autant qu’un homme Est. Et les autres jours ? La femme est, dans beaucoup de lieux dans le monde, méprisé de par son statut de femme. En France tout autant, je l’aurais bien compris après avoir travaillé un an auprès de femmes victimes de violences. Plus de 3000 femmes que j’aurai reçues en un an de travail dans cette association (merci aux financeurs d’imposer les stats !). Et les autres jours ? On s’en fiche. On croit que l’égalité est présente partout, le respect est inné, on croit que l’on est protégé par notre société contemporaine, que les grands-mères ont permis le vote, l’avortement, et que maintenant tout roule, on est libre.

 

Mais non, détrompez vous. La discrimination, elle est là, chaque jour, au coin de la rue, derrière une porte, par des actes et paroles les plus anodins qu’ils soient. Ces actes là, discriminant, on appelle cela « le sexisme ordinaire ». Et c’est une violence. Pas physique, mais morale, psychologique, car elle rabaisse, elle décrédibilise, elle humilie chacune des femmes, et la place à un rôle inférieur à l’homme. Parfois même sans que la femme en question s’en rende compte. Des paroles simples, classiques, entendues moultes fois, parfois devenues des expressions ou des blagues populaires, tellement banales qu’elles sont dans notre langage et nos habitudes quotidiennes. Et à chaque fois, c’est rappeler à la femme qu’elle est différente, qu’elle n’est pas apte à telle ou telle fonction, que son rôle est autre, que son physique est la cause de tel comportement déplacé…

 

Qui n’a jamais entendu dire à un enfant : « Ne pleure pas, t’es pas une fille ! » ou refusé qu’un garçon joue avec une poupée. Qui n’a jamais dit « T’es un homme, c’est normale que tu ne saches pas bien cuisiner ». Qui n’a jamais critiqué une fille avec des vêtements très osés, en faisant la remarque : « Elle n’aura pas à se plaindre si elle se fait violer, elle l’aura cherché ». Qui n’a jamais excusé un homme en disant : « Ce n’est pas grave, c’est qu’il est très jaloux, c’est un homme quoi ! ».  Et les exemples pourraient durer des heures…

 

Mon poste de CESF d’entreprise le démontre très bien. Et c’est ce qu’aujourd’hui je voulais vous faire partager.

 

Un sexisme ordinaire, au travail, dans les relations amicales ou familiales. Un sexisme dont même ceux qui prononcent les mots, ne n’ont parfois pas conscience.

 

« Un salarié : - Madame Louise, vous finissez à quelle heure ?

Moi : - Je termine à 18h aujourd’hui

Lui : - Si tard ?! Mais vous faites comment, pour cuisiner ?

Moi : - Je ne cuisine pas, mon mari s’occupe de cuisiner »

Il fut si choqué de la réponse, qu’il est parti sans dire un mot… 

 

Lors d’un repas d’affaires avec mes supérieurs, nous échangeons sur l’augmentation des femmes dans l’un des entrepôts de l’entreprise où je suis.

«  Le directeur logistique France : - Et oui, on a de plus en plus de femmes qui sont sur des postes de caristes

Moi : - C’est bien, cette évolution. Jusqu’à maintenant, ces postes sur des machines étaient réservés davantage aux hommes. Ca me semble important que les postes s’ouvrent aux deux sexes.

Lui : - On s’est rendu compte que c’était des postes peu physiques et plutôt pour les faignants car pas besoin de marcher, donc oui, maintenant c’est davantage destiné aux femmes »

 

J’accompagne un salarié dans des démarches de remplissage de documents administratifs, dont la déclaration de grossesse de sa concubine.

« Moi : - Là, votre femme va devoir signer.

Usager : - Bah pourquoi, c’est moi le mari, c’est moi qui dois signer !

Moi : - Non, c’est votre femme qui doit signer car c’est elle qui déclare qu’elle est enceinte à la CAF et à la CPAM. Maintenant, vous pouvez aussi signer tous les deux, vu que vous êtres en couple.

Lui : - Bon d’accord, je signe d’abord, en tant qu’homme, et elle elle devra signer après moi, vu que c’est la femme. »

Il a dit ces mots tels quels, sans ciller, le plus naturellement du monde. Sachant que l’ordre n’avait strictement pas d’importance mais ne voulant pas le laisser gagner, je me suis fais un malin plaisir à lui expliquer par A + B qu’elle devait signer avant lui. Mauvaise féministe que je suis !

 

D’autre fois, où des situations sont rendues difficiles par ce que l’on essai de favoriser la femme, uniquement parce qu’elle est une femme.

J’ai toujours revendiqué par exemple le droit égal entre un père et une mère, lors de la décision du droit de garde au moment d’une séparation, excepté pour des enfants en bas âge allaitant notamment. Or, je me confronte à devoir accompagner plusieurs papas ne voyant que rarement leurs enfants. Revendiquer l’égalité des sexes, c’est aussi défendre qu’un enfant à autant besoin du père, que de la mère, et que chaque parent est autant en capacité d’éduquer ses enfants.

 

Dans l’entreprise, les femmes peuvent quitter plus tôt leur emploi le soir, 1h plus tôt exactement, parce qu’il faut « s’occuper des enfants à la sortie de l’école ». Et le père, ne peut-il pas lui aussi prendre en charge les enfants après l’école ?

 

Mon petit coup de cœur rire jaune a été il y a quelques semaines :

« Lui : - Madame Louise, vous avez des enfants ?

Moi : - Non je n’en ai pas

Lui, avec un air de pitié : - Hoooo, mais vous inquietez paaaaaas, ça va veniiiiiiiiir »

Parce que oui, encore aujourd’hui, on croit qu’une femme en âge de procréer, Doit procréer. Ce n’est pas un choix de vie, mais une obligation. Il faut que la femme ait des enfants. C’est son rôle dans la société. C’est sa carrière : féconder, faire naître, éduquer. Et si son choix est autre ?

 

Heureusement, dans l’affaire, je rencontre aussi des salariés qui semblent avoir compris ce qu’est le respect et l’égalité. Encore mieux, ils sont soutenant et ne cataloguent pas une tâche à un sexe défini. Ceux qui ont une mine effroyable, et qui me disent avoir passé la nuit debout pour s’occupé du nouveau né, ceux qui cuisinent et revendiquent aimer ça, ceux qui gardent les enfants pendant que Mme travaille, ceux qui me répondent qu’ils vont réfléchir avec leur femme à ma proposition d’accompagnement social… Bref, ceux qui aident à rompre les préjugés chaque jour.

 

«  Moi : - Ca à l’air bon ce que vous mangez, c’est vous qui l’avez préparé ?

Un usager : - Ho non, j’suis pas une fem’lette moi, elle est là pour ça ma femme, faut bien qu’elle serve à quelque chose ! »

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