Cette CESF, c'est qui?

Une CESF passionnée par son métier, voulant redonner la parole à un univers qu'on met souvent de côté, qu'on dégriffe et qu'on oublie : le travail social. Une CESF voulant redonner la parole à des personnes qu'on catalogue et qu'on juge, à des situations qu'on banalise, des émotions qu'on dénigre. Car au final, son travail c'est chacun croisé au coin d'une rue, dans le bus ou à la boulangerie. Le travail social, c'est un reflet de la société, c'est l'effort fait pour la vie. Pour garder l'anonymat, appellez la Louise.

13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 23:13

 

J'assiste comme chaque année aux jurys d'examens pour le DE de CESF. Des responsables interviennent, parlent des Etats Généraux en Travail Social et de la refonte de nos métiers du social... Et v'la les débats sur les différentes écoles, et certains en remettent une couche sur la différence AS/CESF, et encore du blabla sur la baisse de financements dans le social...

 

On est sacrément cons, à tourner en rond ainsi. Le travail social part en cacahouète, il se noie doucement mais surement, et plutôt que de ramer ensemble pour faire avancer le bateau, on se tape dessus avec les rames !

 

Je reçois ces candidats aux oraux de mémoire, et pendant qu'ils font leur présentation orale, une chose me revient sans cesse à l'esprit. J'ai envie de leur dire de se casser d'ici tant qu'ils le peuvent, de courir vite et longtemps et d'aller vers d'autres horizons plus certains.

 

Mais existe-il un horizon plus stable et sur ?

Je ne sais pas. 

Je ne connais pas mon avenir, je ne sais pas si dans 10 ans mon métier existera toujours, mais pour le moment, j'essai de le kiffer tant qu'il en est encore temps.

 

Après tout, jusqu'ici tout va bien... jusqu'ici tout va bien...

17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 22:34

Sa femme est décédée en mai. Tout le monde était au courant, ses collègues faisaient une quête pour lui envoyer une enveloppe qui l'aiderait financièrement. Et moi, je leur proposais qu'ils lui rappellent que je pouvais me rentre disponible pour le soutenir, si il en avait le besoin.

 

Puis il est revenu travailler, souriant, comme si de rien était. Je lui ai présenté mes condoléances, je lui ai rappelé ma présence. Il m'a remercié et a encore souri, me disant qu'il tenait bon. Mais je connais ce sourire de façade, je le connais trop bien. Alors chaque semaine, je suis passé le voir à son bureau le saluer, lui dire un petit mot gentil et encourageant.

 

Chaque semaine le même rituel. Les bonjours, les sourires, les affirmations que tout allait bien. Donc je repartais, lui souhaitant une bonne fin de journée. Je ne baissais pas les bras, car je savais profondément qu'il n'allait pas bien. Et il savait que je savais. Cinq mois ont passé ainsi. 

 

Lundi, il me fixe, les yeux s'humidifient et me demande un rendez-vous. Il croule sous les dettes, sous les papiers administratifs, il est perdu. Nous nous revoyons aujourd'hui, j'ai au préalable bien préparé l'entretien en faisant le point sur toutes les aides possibles lors du décès d'un conjoint. Prévoyance, Capital décès, aide financière de la caisse de retraite, dégrèvement d'impôt... j'ai tout organisé. Ce n'est pas ma spécialité, je fais cela très peu, donc j'ai tâté le terrain pour être sûre au moment venu.

 

Une fois dans mon bureau, tout se précipite. Les papiers sont mis de côté pour laisser place à la parole. Remords, culpabilité, questions sans réponses, peurs, isolement, douleur, colère, incompréhension, doutes... tous ses sentiments y passent. Il a besoin de déballer, de raconter. Il parle de lui, d'elle, de leur vie avant, des mois de maladie, de l'hôpital, du jour de la mort. Il va et bien dans ses explications, j'essai de m'y raccrocher, de m'adapter à son besoin de parler si intemporel. Ses larmes coulent, se sèchent, puis coulent à nouveau. Il se vide de ses larmes, comme il se vide littéralement de ce trop plein qu'il contient depuis si longtemps. Ma boite de mouchoirs aussi se vide, lentement mais surement, autant que la poubelle se remplit. Il s'excuse souvent, je le rassure et il se remet à pleurer en évoquant une autre période de leur vie.

 

Pendant ces deux heures d'entretien, je retiens mes larmes comme jamais je n'ai eu à le faire. J'ai envie de pleurer pour lui, pour eux, pour un couple qui s'aimait mais qui a du se séparer si vite. Puis je pleure pour moi, pour ce à quoi ça me renvoi, pour mes craintes de la mort, de perdre mes proches, de ces choses de ma vie que je mets de côté en passant plus de 40h par semaine ici, dans l'entreprise. Mes larmes sont là, prêtes à couler. Il y en a une qui ose glisser le long de ma joue. Je prétexte le besoin d'ouvrir la fenêtre, le temps de la sécher discrètement, puis reviens, pour continuer comme si de rien était.

 

Deux heures intenses, tristes, humides. Et il repart, souriant, pour refaire comme à son habitude, semblant que tout va bien pour le meilleur des mondes.

 

Pour les démarches administratives, nous verrons ça un autre jour.

5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 22:10

Nous l'avons aidé à quitter le domicile conjugal le temps de divorcer. Elle est seule et à faire ses propres choix pour la première fois depuis 13 ans. "Hier, c'était la première fois depuis 13 ans que je mettais un pantalon. Jusqu'à maintenant, il me l'avait toujours interdit. Mais c'est très confortable les pantalons en fait !"

Elle vient pour la première fois aujourd'hui. Lorsque je lui ouvre la porte, elle regarde à gauche, à droite, rentre et se retourne à nouveau, vérifiant les visages des passants de la rue qui tracent leur chemin. "J'espère qu'il ne m'a pas suivi. D'habitude je suis voilée, je l'ai enlevé pour pas qu'on me reconnaisse, car les gens on l'habitude de me voir avec".

Aujourd'hui je vois son visage différent. Maquillage très visible, limite de trop, comme si c'était exagéré. "Ce matin il m'a obligé à mettre beaucoup de maquillage. Il a dit que j'étais une pute, que j'étais sa pute, et que donc je devais me maquiller comme une pute, comme lui le voulait".

Deux semaines qu'elle a fui le domicile conjugal, qu'elle se cache d'hôtel en hôtel 115. Chaque coin de rue est un lieu susceptible de le croiser, la terreur est permanente. "Je me suis mis à mettre un voile pour pas qu'on me reconnaisse. Si je pouvais, je mettrais même une burqa, je voudrai que personne ne me vois, que je n'existe plus aux yeux des gens. Qu'on m'oublie, comme ça je peux refaire une nouvelle vie".

"Je ne suis pas celle que les gens voient. On me siffle dans la rue, on me drague, j'suis la petite jeune bien habillée et souriante. Mais à l'intérieur, je suis détruite. A chaque fois qu'il me violait, il enlevait une partie de moi. J'suis vide de l'intérieur. Il m'a tout pris".

Elle est restée avec lui 6 mois. Seulement. Mais 6 mois de torture extrême. "Il m'a pris une partie de ma vie, il m'a séparé de mes amis et de ma famille. Il m'a même pris ma peau, mon apparence. Il m'a pris l'image que je donne aux autres. Les cicatrices des cigarettes qu'il écrasait sur ma poitrine, des griffures sur le visage, des fourchettes qu'il enfonçait sur mes bras, des coupures de ma peau entrant en contact avec l'objet utilisé pour me frapper. Il est gravé en moi à travers cette peau, je voudrai changer de peau".

De la violence psychologique, elle l'a vécu pendant 30 ans. Trente ans d'insultes, de dénigrements, de rabaissements. Le jour où ses enfants ont quitté le domicile conjugal, elle aussi. Ses enfants avaient pris leur envol, elle pouvait elle aussi faire sa vie. Elle est partie. "Au bout de 30 ans, je découvre que je suis belle. Le coiffeur me dit que j'ai des beaux cheveux, des hommes me draguent, et je me rends compte que je rentre dans les vêtements de femmes dans les magasins. Il m'avait tellement dit que j'étais moche et m'obligeait à mettre des chiffons comme vêtements, que j'y croyais".

"Il voulait pas que les hommes me regardent. Alors il me forçait à manger beaucoup, tout le temps, j'étais toujours remplie, c'était tellement écœurant mais j'avais pas le choix. J'étais devenue très grosse, vraiment énorme".

23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 11:05

Il parait que la misère est moins pénible au soleil. Il parait.

Je suis avec cette salariée, maman, ex toxico, ex femme victimes de violences conjugales, ex plein de choses de plein de catégories.

Je me rend chez elle, comme tout TS qui se respecte et qui fait une VAD quand elle sent le soucis de chez méga soucis, que Madame ne se sent pas en capacité d'affronter la société et que les enfants bah ils sont probablement en danger. Nous somme chez elle, dans ce bordel de famille nombreuse débordé où les jouets sur la table de la salle à manger côtoient les briques de lait chocolaté et des paquets de Marlboro vides.

J'ai peiné à trouver la maison, dans ce petit village de zone très rurale où même ma nouvelle application GPS ne capte plus.

Alors quand je suis assise dans la salle à manger, que les enfants jouent autour et viennent me masser le dos avec leur jouet qui vibre et me montrent la robe de leur nouvelle poupée, que le plus grand joue à la PlayStation avec le son à fond, je demande à Madame de s'isoler.

Elle confie les enfants à sa fille à peine majeur mais déjà maman d'un magnifique bébé et nous sortons marcher dans la rue, sous les goutes de pluie qui viennent par-ci par là.

Nous remontons une petite rue en terre, tant pis pour mes nouvelles chaussures qui (ne) brillent (plus). Nous arrivons derrière un muret et j’aperçois un fleuve, encore à l'état brute, non aménagé par l'homme. Il est magnifique, ce fleuve. Ou est-ce un ruisseau ? J'en sais rien, mais en tout cas ce cours d'eau et cet environnement est flamboyant de beauté, d'un vert intense et humide. Humide comme ses yeux, humide comme son cœur.

Nous parlons longuement, d'elle, des enfants, de sa dépression, des médicaments dont la psychiatre a augmenté le dosage, de son arrêt maladie qui se fini et de son angoisse de retourner travailler. Nous parlons des crises du fils, de ses crises à elle, de la méchante AS de secteur qui parle de placement...

Nous remontons doucement le fleuve, nos pieds mouillés dans l'herbe bien trop haute. Le temps est triste, nébuleux, changeant entre éclaircis, orage et pluie fine. L’atmosphère est lourd, humide, au fin fond de cette campagne où le chaos envahis depuis bien trop d'années cette famille.

Le temps reflète cette famille.

Mais ce temps est beau, adapté à la situation, à mes lèvres qui parlent IP et AED.

Nous remontons un petit chemin de cailloux, arrivons dans la place principale. Nous nous asseyons à l'arrêt de bus, probablement le seul du village. Je sors mon cahier et prend quelques notes. Ca sera utile pour la rédaction de mon IP.

Elle est soulagée que je l'écoute et que je m'intéresse à elle en fait. Elle est soulagée que je parle éducateur et soutien à domicile. Elle continue à me parler, me répéter sa folie, ses angoisses, ses incertitudes. Et je note, en fixant son visage balafré, cicatrisé, abimé avant l'âge par un passé dont elle n'arrive pas à s’extirper.

La misère moins pénible au soleil ? Je ne crois pas. Lors de ce jeudi pluvieux, mélancolique et ténébreux en même temps, cet entretien d'IP est doux et rassurant. Cet entretien est moins pénible sous la pluie, à l'air libre, car en quelque sorte il est étrangement beau.

18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 03:31

Je reçois une jeune femme enceinte qui vient me questionner sur ses droits pour sa première grossesse.

" - Quelles seront les allocations auxquelles j'aurai droit avec la CAF ?

- Tout va dépendre de votre composition familiale, de vos revenus, du mode de garde du bébé...

- Oui c'est vrai, Le bébé ne va pas avoir de papa.

- Le papa ne va pas être présent ?

- Non, il y aura une maman.

- D'accord, alors si vous êtes célibataire et qu'aucun papa n'a reconnu l'enfant, vous pourrez bénéficier de l'ASF.

- Il n'y aura pas de papa mais il y aura une maman à la place.

- D'accord, donc vous allez être seule à élever l'enfant ?

- Bein non, on va être deux !

Il nous faut bien 3 minutes de questions/réponses incohérentes avant d'enfin réussir à se comprendre...

- Il n'aura pas de papa le bébé, mais il y aura deux mamans.

- On aurait du commencer par ça dès le début ! Vous aviez des craintes à m'en parler ? "

2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 21:22

J'aime écrire. Ces mots, pourtant si insignifiants, qui se collent les uns les autres, pour devenir des phrases, des paragraphes, remplis de sens et d'idées. C'est beau, écrire. Et utiliser les mots pour s'exprimer, c'est surtout la première forme de faire avancer les choses.

 

Au départ, j'ai créé et tenu ce blog pour dénoncer mon travail sur un poste que j'occupais à l'époque. Je bossais auprès de demandeurs d'asile, et je n'aimais pas mon quotidien.

 

Puis j'ai changé de poste. Plusieurs fois même. Et j'ai continué à écrire parce que partager notre travail social me parait indispensable. Pour le faire connaitre, pour casser ses préjugés, et puis aussi pour faire valoir la voix de nos usagers, de ces personnes venant aux services sociaux quels qu'ils soient.

 

Et je continue maintenant, malgré mon poste en entreprise qui vous l'aurez compris, me comble de bonheur. Je continue, car je veux désormais rappeler à tous mes collègues travailleurs sociaux que le travail social va mal, oui, que plein de trucs déconnent et partent en vrille, mais aussi qu'il faut de l'espoir. Car le travail social existe, et continuera à exister. Peut être sous d'autres formes, comme mon poste en entreprise ?

 

Bref, tout ça pour dire que de mon regard, écrire, raconter, témoigner est indispensable dans notre travail.

 

Alors quand j'ai lu un article du magazine Lien Social sur la demande d'asile, je me suis sentie concernée. Un dossier était fait sur les conditions de demande d'asile en France, et une ancienne TS travaillant dans le domaine racontant ses conditions de travail épouvantables (comme moi à l'époque!). Puis, la structure concernée s'était sentie visée et avait riposté, niant grossièrement les propos de cette TS. A la lecture de la riposte, j'ai bondi de mon fauteuil, mes cheveux se sont dressés.

 

Ni une, ni deux, j'ai écrit au magasine Lien Social, c'était plus fort que moi. Puis la rédaction m'a contacté, nous avons échangé, et voici mon témoignage, parce que raconter, c'est refuser que ce qu'on vit soit étouffé.

 

 

 

Lien Social n° 1140 de mai 2014

29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 00:28

J'ai rencontré Eloïse il y a plus d'un an. Et nous avons avancé ensemble. Je le raconte ici, elle a eu besoin un temps de moi, puis elle a pris son envol. Après avoir écrit cet article, nous avons continué à nous voir ponctuellement, au gré du hasard dans un couloir ou lors d'un rendez-vous pour une question très précise. 

 

Nous en avons affronté, des émotions ensemble. Des rires et des larmes, des doutes et des certitudes, des hésitations et des décisions... Et lors du dernier entretien, elle questionnait son couple, elle voulait franchir le pas et se marier. Après 20 ans de mariage forcé et un divorce, après une nouvelle vie de couple soldée par de la violence conjugale où elle était retournée vivre chez ses parents à 40 ans... et bien après tout ça, à 44 ans, elle essayait de prendre la décision de s'unir, de se marier, avec amour et respect dans son nouveau couple. Donc lors du dernier entretien on parlait de ça. De sa prise de décision de se remarier.

 

Hier elle vient me voir, et dans le hall, elle me dit : "On se marie le 31 juin, je souhaiterai que vous veniez Louise. Vous m'avez aidé dans mon évolution, à devenir heureuse, je veux que vous soyez là le plus beau jour de ma vie". J'ai dû refuser, pour de multiples raisons très organisationnelles et temporelles. Mais comment dire non sans remords ? J'aurais aimé dire oui.

 

J'aurais aimé.

3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 22:47

Elle est perdue. Elle est tout et rien.

Elle est née à l'étranger en Algérie, mais a grandi en Italie et vit depuis 4 ans en France.

En Algérie, on la considère comme Italienne. En Italie, on la considère comme une arabe. En France aussi d'ailleurs, bien qu'elle trouve qu'ici, ils sont plus tolérants, il y a une mixité de cultures.

Elle a la nationalité Algérienne. Elle a la nationalité Italienne. Mais bien qu'elle soit traitée d'arabe, l'Italie ne reconnait pas sa nationalité Algérienne. Nationalité quelle aime, où vit sa famille et son fiancé. Alors lorsqu'elle veut aller en Algérie, elle doit demander un visa Algérien sur son passeport Italien, aussi ridicule que ce soit. Mais elle doit le faire, parce qu'elle ne peut sortir du pays avec son passeport Algérien qu'elle n'est plus sensé avoir (mais qu'elle a quand même car quand tu es Algérien, tu l'es à vie). 

En Italie, ils ne veulent pas l'aider pour un regroupement familial dont les démarches sont plus compliquées que de braquer la banque de France. En France, ils lui disent d'aller voir en Italie. Et en Algérie, ils ne disent rien.

Ici et ailleurs, partout, elle est tiraillée entre 3 pays, chacun représentant une partie de sa vie. Ici et ailleurs, elle a un morceau d'elle, mais qui lui empêche d'être totalement une unité. 

Elle veut devenir Française. Pour que ce soit moins compliqué. Une entité unique.

 

Mais est-ce que cela cicatrisera les déchirements de son identité ?

31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 21:45

Je fais un tour de l’usine, comme chaque lundi. Cette fois-ci je préviens les salariés que je ne serai pas présente la semaine prochaine car en congés.

 

« - Et si vous partez, on fait comment nous ?!  dit un premier salarié

- Ohhh vous allez vous débrouiller !

- Et si j’ai une galère ?! répond un autre

- Si vous avez une galère vous saurez gérer, j’ai confiance en vous

- J’sais pas… dit-il en soupirant

- Je suis là depuis 1 an et demi certes, mais avant mon arrivée il n’y avait personne, vous gériez seul et ça allait n’est-ce pas ?!

- Vous allez me manquer Madame Louise vous savez »

 

Et là, gros malaise. Ce qui est peut-être dit pour me faire plaisir, me gêne terriblement. Et si j’étais trop protectrice ? Et si j’étais trop présente ? N’aurais-je pas loupé quelque chose dans ma façon de les accompagner ? Naurai-je pas crée l'effet inverse de ce que l'on vise quotidiennement dans notre travail social ?

 

 

Je me questionne en m’éloignant d’eux, perdue dans mes réflexions, le long de la chaine de montage faisant tellement de bruit qu’elle en étouffe presque mes pensées intérieurs.

27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 21:07

Il est 18h45, je suis sur le point de partir. 45 min d'heures sup, hô nan mais hô rien ne va ! Hophop je me presse, je passe par le bureau du directeur adjoint pour dire au revoir. Lui, c'est Grégoire. La 30aine, tout juste promu adjoint l'an passé, avec une carrure, une voix et une personnalité qui impressionne. Toujours très franc, limite cassant, il mène à la baguette son usine et les chiffres et les quotas à respecter. Comme toujours, il m'impressionne un peux, et je n'ai finalement pas grand-chose à lui dire car nos deux mondes se croient peux. Donc je lui dis au revoir rapidement, et je m’apprête à filer enfin.

 

Mais il m'interpelle. C'est la première fois, depuis sa promotion sur le poste. Il me demande maladroitement si je parle de temps à autre avec Sabine. Ça me fait sourire de voir que d'un coup, il ne maitrise plus, il hésite. Je perçois une légère intimidation envers moi, comme s'il entrait dans mon monde qu'il ne maitrise pas. Il essaie de le cacher. Alors je réponds, que oui, Sabine comme tous les autres salariés de l'usine, je leur parle de temps à autres. Puis, sentant que je ne me réfugie pas derrière la sacro-sainte discrétion pro et que je suis ouverte au dialogue, il se lâche et me parle de ses inquiétudes envers Sabine. Il voit que son quota n'est pas atteint, qu'elle est moins efficace, alors elle perd sa prime. Il embêté pour elle, sa représente une somme énorme, et comprend que derrière cette baisse de productivité se cache une difficulté.

 

J'ai envie de crier alléluia, j'ai envie de lui faire un câlin, j'ai envie de le remercier tellement ça me fait plaisir qu'un directeur adjoint se pose les bonne questions et s'intéresse au-delàs de la productivité de l'usine. Et en plus de ça, qu'il ose m'en parler, qu'il avoue se sentir démuni, qu'il ait envie que ensemble, on aide Sabine à se relever de cette mauvaise passe. C'est comme la consécration ce soir, à 19h, de me dire qu'au bout d'1 an et demi de poste en entreprise, on arrive à concilier social et productivité main dans la main. Alors on papote pendant plus d'une demi-heure, ensemble, de Sabine, puis du moral global des troupes, puis de Mohamed, puis de Max, puis de tant d'autres. Sans jamais trahir la confidentialité, on échange, on partage des points de vue différents, de comment interpréter la réaction des équipes, de comment avancer ensemble.

 

J'ai l'impression d'avoir eu mon coup de foudre professionnel derrière cette grande carapace imposante de chef adjoint. Et je serai bien restée plusieurs heures en rab’, simplement par plaisir de continuer à discuter.

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