Cette CESF, c'est qui?

Une CESF passionnée par son métier, voulant redonner la parole à un univers qu'on met souvent de côté, qu'on dégriffe et qu'on oublie : le travail social. Une CESF voulant redonner la parole à des personnes qu'on catalogue et qu'on juge, à des situations qu'on banalise, des émotions qu'on dénigre. Car au final, son travail c'est chacun croisé au coin d'une rue, dans le bus ou à la boulangerie. Le travail social, c'est un reflet de la société, c'est l'effort fait pour la vie. Pour garder l'anonymat, appellez la Louise.

3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 22:47

Elle est perdue. Elle est tout et rien.

Elle est née à l'étranger en Algérie, mais a grandi en Italie et vit depuis 4 ans en France.

En Algérie, on la considère comme Italienne. En Italie, on la considère comme une arabe. En France aussi d'ailleurs, bien qu'elle trouve qu'ici, ils sont plus tolérants, il y a une mixité de cultures.

Elle a la nationalité Algérienne. Elle a la nationalité Italienne. Mais bien qu'elle soit traitée d'arabe, l'Italie ne reconnait pas sa nationalité Algérienne. Nationalité quelle aime, où vit sa famille et son fiancé. Alors lorsqu'elle veut aller en Algérie, elle doit demander un visa Algérien sur son passeport Italien, aussi ridicule que ce soit. Mais elle doit le faire, parce qu'elle ne peut sortir du pays avec son passeport Algérien qu'elle n'est plus sensé avoir (mais qu'elle a quand même car quand tu es Algérien, tu l'es à vie). 

En Italie, ils ne veulent pas l'aider pour un regroupement familial dont les démarches sont plus compliquées que de braquer la banque de France. En France, ils lui disent d'aller voir en Italie. Et en Algérie, ils ne disent rien.

Ici et ailleurs, partout, elle est tiraillée entre 3 pays, chacun représentant une partie de sa vie. Ici et ailleurs, elle a un morceau d'elle, mais qui lui empêche d'être totalement une unité. 

Elle veut devenir Française. Pour que ce soit moins compliqué. Une entité unique.

 

Mais est-ce que cela cicatrisera les déchirements de son identité ?

31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 21:45

Je fais un tour de l’usine, comme chaque lundi. Cette fois-ci je préviens les salariés que je ne serai pas présente la semaine prochaine car en congés.

 

« - Et si vous partez, on fait comment nous ?!  dit un premier salarié

- Ohhh vous allez vous débrouiller !

- Et si j’ai une galère ?! répond un autre

- Si vous avez une galère vous saurez gérer, j’ai confiance en vous

- J’sais pas… dit-il en soupirant

- Je suis là depuis 1 an et demi certes, mais avant mon arrivée il n’y avait personne, vous gériez seul et ça allait n’est-ce pas ?!

- Vous allez me manquer Madame Louise vous savez »

 

Et là, gros malaise. Ce qui est peut-être dit pour me faire plaisir, me gêne terriblement. Et si j’étais trop protectrice ? Et si j’étais trop présente ? N’aurais-je pas loupé quelque chose dans ma façon de les accompagner ? Naurai-je pas crée l'effet inverse de ce que l'on vise quotidiennement dans notre travail social ?

 

 

Je me questionne en m’éloignant d’eux, perdue dans mes réflexions, le long de la chaine de montage faisant tellement de bruit qu’elle en étouffe presque mes pensées intérieurs.

27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 21:07

Il est 18h45, je suis sur le point de partir. 45 min d'heures sup, hô nan mais hô rien ne va ! Hophop je me presse, je passe par le bureau du directeur adjoint pour dire au revoir. Lui, c'est Grégoire. La 30aine, tout juste promu adjoint l'an passé, avec une carrure, une voix et une personnalité qui impressionne. Toujours très franc, limite cassant, il mène à la baguette son usine et les chiffres et les quotas à respecter. Comme toujours, il m'impressionne un peux, et je n'ai finalement pas grand-chose à lui dire car nos deux mondes se croient peux. Donc je lui dis au revoir rapidement, et je m’apprête à filer enfin.

 

Mais il m'interpelle. C'est la première fois, depuis sa promotion sur le poste. Il me demande maladroitement si je parle de temps à autre avec Sabine. Ça me fait sourire de voir que d'un coup, il ne maitrise plus, il hésite. Je perçois une légère intimidation envers moi, comme s'il entrait dans mon monde qu'il ne maitrise pas. Il essaie de le cacher. Alors je réponds, que oui, Sabine comme tous les autres salariés de l'usine, je leur parle de temps à autres. Puis, sentant que je ne me réfugie pas derrière la sacro-sainte discrétion pro et que je suis ouverte au dialogue, il se lâche et me parle de ses inquiétudes envers Sabine. Il voit que son quota n'est pas atteint, qu'elle est moins efficace, alors elle perd sa prime. Il embêté pour elle, sa représente une somme énorme, et comprend que derrière cette baisse de productivité se cache une difficulté.

 

J'ai envie de crier alléluia, j'ai envie de lui faire un câlin, j'ai envie de le remercier tellement ça me fait plaisir qu'un directeur adjoint se pose les bonne questions et s'intéresse au-delàs de la productivité de l'usine. Et en plus de ça, qu'il ose m'en parler, qu'il avoue se sentir démuni, qu'il ait envie que ensemble, on aide Sabine à se relever de cette mauvaise passe. C'est comme la consécration ce soir, à 19h, de me dire qu'au bout d'1 an et demi de poste en entreprise, on arrive à concilier social et productivité main dans la main. Alors on papote pendant plus d'une demi-heure, ensemble, de Sabine, puis du moral global des troupes, puis de Mohamed, puis de Max, puis de tant d'autres. Sans jamais trahir la confidentialité, on échange, on partage des points de vue différents, de comment interpréter la réaction des équipes, de comment avancer ensemble.

 

J'ai l'impression d'avoir eu mon coup de foudre professionnel derrière cette grande carapace imposante de chef adjoint. Et je serai bien restée plusieurs heures en rab’, simplement par plaisir de continuer à discuter.

26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 01:04

Aujourd'hui, j'ai vu la location en logement social la plus courte de ma vie de CESF.

 

Depuis des années, un salarié attend un T4 dans un coin très précis. Enfin le logement se libère, le 1% lui propose. Il visite le logement, est méga-top-heureux-pressé-d'y-emménager. Son dossier passe en CAL (commission d'Attribution de Logement), c'est accepté un mardi, le vendredi il signe le bail. Il m'appelle, va faire la fête et emménager dedans ce weekend ! 

 

Le weekend passe et mardi il m'appelle. La veille, il a envoyé une lettre au bailleur pour donner son préavis de congé du logement. Finalement le logement ne lui convient plus. Nous échangeons longuement sur les motifs de son choix, qu'il dit assumer pleinement. Un "maintenant vous allez devoir vous débrouiller seul pour vous reloger, vous êtes grillés auprès du bailleur et du 1% pour longtemps!" m'échappe.

 

 

Trois jours se seront donc écoulés entre la signature du bail et le congé de préavis. Qui dit mieux ?

28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 20:07

Comme chaque mardi, je fais un tour au service après-vente de l'entreprise. Je salue chacun, qu'il soit auprès des produits ou des clients. Je leur demande comment ils vont, comment se passe la journée, comment évolue la demande... bref tisser du lien, donner ma confiance et évaluer discrètement l'état psycho-social de chaque salarié étant sur ce service très propice aux risques psycho-sociaux.

 

Une des chef d'équipes, Natacha, est une personne avec qui j'ai progressivement tissé un lien très fort, on se fait la bise, elle me parle de son dernier weekend arrosé ou de sa dernière conquête. Mais en même temps, je l'aide à faire valoir sa pension alimentaire, à demander des aides (APL par exemple) auxquels elle a le droit depuis longtemps mais qu'elle n'a jamais osé demander.

 

Comme chaque mardi je passe, et je questionne Natacha. Ce mardi, elle me répond : "Bon, Louise, c'est bien beau que tu me demandes comment je vais, mais et toi ? Comment tu vas ? Tu te préoccupes toujours pour nous, tu te décarcasses pour nous, mais toi, comment tu vas ? Il faut aussi qu'on prenne soin de toi !".

 

 

J'ai juste envie de lui faire un bisou. Ce que je fais. Puis je lui dit : "Ne t'en fais pas Natacha, je vais très bien je te remercie. Je suis là pour prendre soin de vous, c'est mon rôle, pas le contraire". Mais au fond de moi je suis très touchée qu'on ait pensé à moi. Car moi aussi j'ai mes moments de doutes et de faiblesses, car moi aussi j'ai mes failles et qu'en me consacrant aux autres, j'ai parfois tendance à m'oublier.

15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 17:15

Aujourd'hui samedi, je fais les soldes, à farfouiller entre les produits en quête de produits-à-acheter-dont-je-n'ai-pas-besoin-mais-que-j'achèterai-car-ça-reste-une-méga-bonne-affaire. Je crois dans le magasin un salarié ayant participé il y a quelques mois à ma réunion d'info sur les économies d'énergie. Il s'approche de moi et me dit : "Louise, y'a des ampoules LED, mais je ne sais pas si elles sont économes comme vous nous aviez expliqué lors de la réunion". Il me les tend. Je lui valide, il sourit, me remercie et repart. Et là, je suis fière de moi, je suis fière d'eux. Ce ne sont pas des résultats palpables ni des chiffres que je peux mettre dans mon rapport d'activité, mais c'est bien la preuve que mon travail n'est pas vain. 

30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 23:16

Louise, ce n'est pas mon vrai prénom. Eh oui, on préserve l'anonymat comme on peut. Alors j'ai mon vrai prénom, celui sur ma carte d'identité, celui par lequel les usagers me connaissent. Et puis il y a l'autre prénom, Louise, le faux utilisé pour le blog. Enfin non, il n'est pas faux, il est juste le prénom que j'ai donné à mon deuxième moi, celui qui vit la vie de "Il était une fois CESF".

 

Ne vous méprenez pas, je n'ai pas de troubles psy, aucun dédoublement de personnalité (enfin à ce que je sache !).

 

Hier, je me suis rendue compte à quel point avoir 2 prénoms pouvait être terriblement utile ! J'appelais une salariée que j'accompagne de façon intense. Elle vit des violences conjugales au sein de son couple, on essaie de trouver un logement d'urgence via le 1%, mais ce n'est pas évident car elle est en arrêt maladie et l'autre contrôle ses moindres faits et geste, ses moindres déplacements ou appels.

 

Hier donc, je l'appelle en priant pour que je tombe sur elle. Jusqu'à maintenant j'ai eu de la chance. Ce n'était que temporaire... J'entends quelqu'un qui décroche. Une grosse voix s'écrie dans le téléphone "Allooooooooooo ?!?!" presque comme m'agressant et me culpabilisant d'avoir osé appeller. Et là, bien entendu, il est hors de question de dire "Je suis machin, conseillère sociale auprès de la femme que vous tabassez, j'essaie de lui trouver un logement et je l'accompagne régulièrement faire des mains courantes contre vous". Non non ! Alors il faut répondre du tac au tac et faire en sorte de ne pas mettre la femme encore plus en danger. Me voilà d'un coup, à dire de façon la plus naturelle et spontanée possible : "Salut je veux parler avec Gertrude, c'est ..... " et là gros blanc. Merde, viiiiiiite, quel prénom je peux m'inventer ?! J'utilise toujours le prénom Gertrude pour désigner un fictif interlocuteur, mais je ne sais jamais quel prénom m'attribuer lors de ces appels. Et là, d'un coup je m'exclame ".... c'est Louise, elle là Gertrude ? J'ai envie de parler avec elle". Il me répond "ouéééé nannnnn", je m'excuse d’avoir fait un faux numéro et rapproche le cœur battant très vite.

 

 

Finalement, mon faux prénom « Louise » attribué par ma seconde personnalité m'est très utile dis donc !

23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 21:17

Il y a des fois où on doit quand même me prendre pour une cinglée...

 

J'accompagne un salarié dans ses démarches de préparation de sa future retraite.

Je lui demande son adresse mail afin de lui envoyer un petit dossier explicatif sur la retraite. Il m'épelle : " François point dupont acrobate g mail point com".

Acrobate ?! Et oui, les @ sont des a qui font de l'acrobatie, voyez vous !

 

Peut être que finalement c'est le salarié qui est cinglé...

 

Puis nous nous connectons au site de l'assurance retraite, où ils demandent le numéro de sécurité sociale afin d'accéder à son compte personnel. Je dis au salarié sans m'en rendre compte : "Sortez votre carte de crédit, il nous faut le numéro". Sans même réagir, il sort la carte, et nous mettons son numéro de CB sur le site de l'assurance retraite... C'est le site qui s'est rendu compte de notre supercherie !

 

Bon, finalement, peut-être que nous sommes tous les deux cinglés ?

Ou juste fatigués !

 

 

21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 23:54

 

Faire une réunion d'information sur les modalités des démarches d'obtention de nationalité française auprès des salariés, et se taper un fou rire collectif en parlant de la polygamie, y'a que ça de vrai !


Le job de CESF en entreprise est dangereux, je vous l'avais dit !  


15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 22:09

Elle me parle de ses dettes, de son découvert bancaire, de ses crédits. Nous faisons un tableau afin de poser par écrit tout son budget. La liste de charge s'allonge, et quand il n'y en a plus, il y en a encore !


"Ah oui, j'ai aussi un crédit révolver".

 

Avec ça... y'a de quoi flinguer son budget !

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